Auteur Sujet: La narration au présent : pourquoi l'éviter  (Lu 390 fois)

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La narration au présent : pourquoi l'éviter
« le: 07 septembre 2017 à 10:06:49 »
La narration au présent : pourquoi l'éviter

C'est un fait, le présent de narration est à la mode chez les nouveaux auteurs. Ayant moi-même écrit mes premiers textes au présent, il serait assez hypocrite de ma part de m'en offusquer, mais il me semble que nous glissons subrepticement d'un présent qui pouvait être utilisé pour faire ses premières armes vers un présent normatif. Pour simplifier, les vrais écrivains modernes écrivent au présent, et le passé est démodé.

Qu'en est-il vraiment ?

Loin de moi l'idée et la prétention de me placer en autorité littéraire. Je ne suis personne dans ce milieu. Mais j'écris ce billet dans l'espoir de donner des axes de réflexions aux littérateurs pour choisir avec discernement le temps de la narration, qui est un élément structurant. Un texte au présent ou au passé, même s'ils sont équivalents en termes d'informations véhiculées, ne produisent généralement pas le même effet.

Voici un passage du roman Kafka sur le rivage de Murakami, dont toute la narration est au présent :
Citer
Le temps passe. Soudain, je pense à mon sac à dos. La panique m'envahit. Mon sac... Où est-il ? Je ne peux pas l'avoir perdu ! Il contient tout ce que je possède. Mais il fait trop sombre, je n'y vois plus rien. Et quand j'essaie de me relever, je retombe, sans force.

Et voici ce que pourrait donner une narration au passé :
Citer
Le temps passa. Soudain, je pensai à mon sac à dos. La panique m'envahit. Mon sac... Où était-il ? Je ne pouvais pas l'avoir perdu ! Il contenait tout ce que je possédais. Mais il faisait trop sombre. Je n'y voyais plus rien. Et quand j'essayais de me relever, je retombais, sans force.

Il est admis que le passage au présent rapproche le lecteur du narrateur, de l'action. Cette proximité, voire cette intensité est souvent le principal argument, décliné de diverses manières, des partisans du présent.

Mais ça ne fonctionne pas toujours comme le montre un extrait remanié d'une nouvelle trouvée au hasard sur la Toile.
Citer
La cérémonie commence. Le prêtre adresse une prière aux esprits et aux dieux. L’intensité de la scène me pétrifie et me fascine. Et soudain, le prêtre appelle le premier des initiés : Jean. Ce dernier se lève et s’assoit devant lui avec révérence. Le prêtre lève le verre qui contient la liqueur sacrée : il souffle de l'encens dessus et dessine des gestes étranges. Puis il tend le verre à Jean, qui adresse une dernière prière avant de boire la coupe d’une traite. Il retourne à sa place.

On voit qu'ici l'utilisation du présent au lieu d'apporter proximité, immédiateté, intensité donne la désagréable impression de lire le carnet de notes d'un journaliste notant au fur et à mesure ce qu'il voit sous ses yeux.

Mis au passé, le passage retrouve des qualités narratives intéressantes, même si tout n'est pas parfait :
Citer
La cérémonie commença. Le prêtre adressa une prière aux esprits et aux dieux. L’intensité de la scène me pétrifia et me fascina. Et soudain, le prêtre appela le premier des initiés : Jean. Ce dernier se leva et s’assit devant lui avec révérence. Le prêtre leva le verre qui contenait la liqueur sacrée : il souffla de l'encens dessus et dessina des gestes étranges. Puis il tendit le verre à Jean, qui adressa une dernière prière avant de boire la coupe d’une traite. Il retourna à sa place.

Philip Pullman dans un article publié dans le Guardian expose toutes ses réserves concernant l'usage du présent dans les romans. Même s'il lui reconnait une utilité dans des cas spécifiques — par exemple, un passage au présent pour contraster avec le reste de la narration au passé — il reproche au présent son expressivité limitée où, à la manière des reportages et documentaires, caméra à la main, peut se dégager une sensation de claustrophobie et d'impératif d'immédiateté sans forcément que les événements s'y prêtent. Le présent limite aussi la profondeur temporelle. Il est plus difficile de jouer avec différents niveaux de temporalité. Tous les événements se suivent les uns après les autres. Pullman parle même d'abdication de la responsabilité narrative, car sous-entendu, un écrivain doit à un moment prendre parti et hiérarchiser les événements et les actions. Raconter c'est organiser.

Enfin, afin de (dé)montrer qu'il est possible de faire tout aussi vivant et intense en utilisant le passé, et non le présent, voici un extrait du roman La gloire de mon père de Marcel Pagnol :
Citer
Dans un brillant tintamarre de ferrailles, au tremblement cliquetant de ses vitres, et avec de longs cris aigus dans les courbes, le prodigieux véhicule s'élança vers l'avenir. Comme nous n'avions pu trouver une place sur les banquettes, nous étions debout — ô merveille ! — sur la plate-forme avant. Je voyais le dos du « wattman », qui, ses mains posées sur deux manivelles, lançait et refrénait tour à tour les élans du monstre, avec une tranquillité souveraine. Je fus séduit par ce personnage tout puissant, auquel s'ajoutait un grand mystère, car une plaque émaillée défendait à quiconque de lui parler, à cause de tous les secrets qu'il savait. Lentement, patiemment, en utilisant les cahots et les coups de frein, je me glissai entre mes voisins, et j'arrivai enfin près de lui, abandonnant Paul à son triste sort : coincé entre les hautes jambes de deux gendarmes, les cahots de la voiture le lançaient, le nez en avant, sur les fesses d'une dame énorme, qui oscillait dangereusement. Alors, les rails luisants s'avancèrent vertigineusement vers moi, le vent de la vitesse souleva la visière de ma casquette, et bourdonna dans le pavillon de mes oreilles : nous dépassâmes en deux secondes un cheval lancé au galop. Je n'ai jamais retrouvé, sur les machines les plus modernes, cet orgueil triomphal d'être un petit homme, vainqueur de l'espace et du temps.

Même si je le répète, cet article n'a pas pour but de vouer aux gémonies l'utilisation du présent, son utilisation on ne peut plus fréquente chez les nouveaux auteurs me gêne, surtout lorsqu'il n'est justifié que par la nécessité de faire plus vrai ou plus proche, alors que nous venons de voir qu'il est non seulement possible d'obtenir un résultat tout à fait saisissant avec le passé et que l'utilisation même du présent peut produire l'effet inverse de celui recherché. Il serait plus honnête pour les nouveaux auteurs utilisant le présent de justifier son utilisation par le fait que la conjugaison et la concordance des temps ne sont pas toujours simples, surtout en français — je pense à toi subjonctif imparfait ! Mais qu'une fois apprivoisée la palette des temps du passé, il n'est pas si compliqué de rendre un texte vivant sans recourir au présent.

Vous pouvez retrouver cet article sur mon blog.
« Modifié: 13 septembre 2017 à 02:30:18 par yahiko »
- Vous savez ce que nous faisons aux hommes comme vous, Monsieur Nordling ?
- Je crois qu'on les décore ?
- Oui... parfois... A titre posthume.
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Re : La narration au présent : pourquoi l'éviter
« Réponse #1 le: 07 septembre 2017 à 11:27:55 »
C'est vrai que l'utilisation du présent limite la description des certaines actions. Quand je l'utilise, j'ai comme l'impression que mes personnages sont "figés" dans le temps. Dès fois, pour rendre mon texte un peu plus "dynamique ", j'ai souvent tendance à recourir au passé pour certains verbes de mouvement.

Ex: Au lieu d'écrire : " Je suis en train de parler à mon fils de cette affaire qui a failli nous ruiner. Soudainement, j'entends le son strident de mon téléphone. Je sursaute et lance un regard apeuré à Ivan. S'agit-il encore de cet homme ?" Je me demande en fermant mes yeux.

Je préfère glisser dans le passé malgré le fait que ma narration soit au présent. Ça donne ceci : Je suis en train de parler à mon fils de cette affaire qui a failli nous ruiner. Soudainement, j'entendis le son strident de mon téléphone. Je sursautais et lançais un regard apeuré à Ivan. S'agit-il encore de cette homme ? Me demandai-je en fermant mes yeux.

Pour faire simple, j'écris et au présent, et au passé. D'ailleurs,  le présent est plus préférable lorsqu'on écrit à la première personne. Au moins de cette manière, le lecteur a l'impression de vivre l'action en même temps que le personnage sans être limité dans le temps.

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Re : La narration au présent : pourquoi l'éviter
« Réponse #2 le: 07 septembre 2017 à 21:05:09 »
Bonjour Euphemia

Rien ne devrait être plus "figé dans le temps" que des évènements passés.  :D

Sache que le mélange de présent et du passé dans un récit constitue une erreur de cohérence à corriger. On ecrit un récit au présent ou au passé mais mélanger les deux surtout d'une phrase à l'autre... Argh.
--

J'étais en train de parler à mon fils de cette affaire qui avait failli nous ruiner, quand soudain j'entendis le son strident de mon téléphone. Je sursautai en lançant un regard apeuré à Ivan avant de fermer les yeux pour masquer mon émotion. Et s'il s'agissait encore de cet homme ?

--

Pour un récit, on choisit un temps et on s'y tient. L'un des besoins fondamentaux du lecteur pour comprendre un texte, c'est de savoir clairement "quand" on est sur la ligne temporelle, mixer les deux d'une phrase à l'autre est le plus sûr moyen de le paumer en perturbant ses repères. Et un lecteur paumé est un lecteur lâcheur ! :D

OldGirl

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Re : La narration au présent : pourquoi l'éviter
« Réponse #3 le: 07 septembre 2017 à 22:30:57 »
Bonjour Oldgirl

Je ne savais pas que mélanger le présent et le passer pouvait constituer une erreur. Merci pour l'information. Je voudrai aussi savoir, bien que la narration soit au présent, est-ce que les verbes d'incises doivent-ils rester au  présent ou les conjuguer au passé  dans un dialogue ?

Pour ma part, je favorise plus le dialogue  ( sans faire l'excès ) et les verbes d'incises sont au passé. Seules les descriptions respectent le temps de la narration. Mon bêta-lecteur ainsi que mes correcteurs me l'ont jamais reproché, raison pour laquelle j'ai adopté ce style. Au fait quand j'ai parlé de mélanger le présent et le passé,  cela ne voulait pas dire que je les mixais d'une phrase à une autre. Bien que débutante dans l'écriture, il y a certaines erreurs que je ne peux pas commettre.

Voici un exemple de mon style d'écriture:

Nous voyons arriver une jolie dame qui, selon les rapports me faits, doit me conduire auprès de l'ancien président du conseil des sables bleus .

-Ça ne sent pas bon, ça... Entendis-je derrière moi. Je me retournais et tombais sur l'inspecteur Rin.
-Pourquoi ? Lui demanda l'agent Fenette.
-C'est un piège qu'il nous tend... J'en suis sûre et certaine.

Dans les dialogues, je préfère utiliser le passé que le présent. Avant j'utilisais la formule  "Demandé - je" ou "Appellé-je" mais un de mes lecteurs m'avaient fait comprendre que cette formule était lourde. Depuis, j'utilise le passé et j'avoue que ça sonne plutôt bien.


Merci.
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Re : La narration au présent : pourquoi l'éviter
« Réponse #4 le: 09 septembre 2017 à 03:18:03 »
Salut Euphemia
Ah ma pauvrette, je vais encore devoir te contredire... Je ne le fais pas de gaité de coeur...

Citer
Pour ma part, je favorise plus le dialogue  ( sans faire l'excès ) et les verbes d'incises sont au passé. Seules les descriptions respectent le temps de la narration. Mon bêta-lecteur ainsi que mes correcteurs me l'ont jamais reproché, raison pour laquelle j'ai adopté ce style. Au fait quand j'ai parlé de mélanger le présent et le passé,  cela ne voulait pas dire que je les mixais d'une phrase à une autre. Bien que débutante dans l'écriture, il y a certaines erreurs que je ne peux pas commettre.

Nous voyons (présent) arriver une jolie dame qui, selon les rapports me faits, doit (présent) me conduire auprès de l'ancien président du conseil des sables bleus .
-Ça ne sent pas bon, ça... Entendis-je (passé simple) derrière moi. Je me retournais (imparfait) et tombais (imparfait) sur l'inspecteur Rin.

Non mais là c'est pas possible. Tu me testes, c'est ça ?  :D
Où tu vois que c'est pas mélangé d'une phrase à l'autre, et d'un paragraphe à l'autre, juste là sous tes yeux ?
Les incises des verbes de dialogues ne sont pas extérieurs au récit. Ils en font partie.
Et la ligne descriptive "je me retournais" elle est au présent ?

Il est normal qu'on fasse confiance à ses bêtas mais... les tiennes ne m'inspirent pas les mêmes sentiments. Rien que sur quatre lignes : mixité des temps de narration, mots manquants, erreurs de typographie... Tu bénéficies de l'aide de très gentilles passoires.

Narration traditionnelle au passé :

Nous vîmes arriver une jolie dame qui, selon les rapports (manque un groupe de mots) me faits, devait me conduire auprès de l'ancien président du Conseil des sables bleus (espace en trop avant le point).
-- Ça ne sent pas bon, ça... entendis-je derrière moi. (pas de majuscule à entendis-je)
Je me retournai et tombai sur l'inspecteur Rin. (l'imparfait n'est pas adapté pour des actions courtes).

Narration au présent :

Nous voyons arriver une jolie dame, qui selon les rapports (xxxx) me faits, doit me conduire auprès de l'ancien président du Conseil des sables bleus.
-- Ça ne sent pas bon, ça... commente une voix derrière moi (on choisit un autre verbe que entends-je qui plait pas à l'oreille).
Je me retourne et tombe sur l'inspecteur Rin. (j'espère qu'il ne s'est rien cassé dans la chute).


A te lire, j'ai plutôt l'impression que tu as plutôt un souci avec avec la narration à la 1e personne du singulier et dans les dialogues... .

Ce qui est très habituel pour un lecteur, c'est la narration au passé simple à la 3e personne (parce que c'est traditionnel).
Dès que tu sors de ce schéma habituel, fleurissent les remarques comme "c'est lourd, c'est pas joli à l'oreille". Comme c'est bizarre... Le 20e siècle est égotique, le moi-je découvre que rien n'est prévu pour lui !  :D

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Re : La narration au présent : pourquoi l'éviter
« Réponse #5 le: 09 septembre 2017 à 08:16:28 »
A moi d'y mettre mon petit grain de sel !

Et bien moi, j'aime le présent. Il offre l'intérêt de rendre la narration dynamique au lieu effectivement de la figer dans le passé. Le lecteur a l'impression de découvrir l'intrigue en même temps que le narrateur et ça peut garantir son adhésion au récit.

Par contre, si ça convient à certaines histoires, plutôt introspectives pour le coup, avec moult descriptions des états d'âme du narrateur (si la narration est intradiégétique) ou d'un personnage (si elle est extradiégétique), elle est à éviter dès lors que l'action prend trop de place. Nul n'irait spontanément décrire le moindre de ses faits et gestes et, pour un lecteur, suivre par le menu le détail d'un petit-dej raconté au présent est rébarbatif. Voire déplaisant.

Cela étant, utiliser le présent peut permettre de marquer une chronologie dans le récit : Robin Hobb débute sa série de l'Assassin Royal par une narration intradiégétique au présent avant de nous ramener en arrière alors que Fitz nous raconte sa vie. Le fait d'avoir commencé par le présent suggère que le narrateur est toujours là après ses péripéties et, d'une certaine manière, cela nous rassure quant à son avenir. Bien sûr, l'auteur peut en jouer et nous apprendre à la fin que le narrateur est mort et s'adresse à nous via une lettre, ou depuis le Paradis, mais l'effet est là : on sait, même aux heures les plus sombres, qu'il y a un après.

Pour ma dernière Review, j'ai choisi un texte d'Arakasi, au présent. Pour ceux que le présent laisse dubitatifs, je conseille vivement la lecture de Brünhild et Siegfried. Vous ne le regretterez pas.
Et, d'un point de vue d'auteur, j'utilise fréquemment le présent couplé avec une narration à la seconde personne du pluriel. Je trouve que les deux font particulièrement bon ménage.

Rei.
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Re : La narration au présent : pourquoi l'éviter
« Réponse #6 le: 10 septembre 2017 à 10:50:09 »
A mon avis la question ce n'est pas "le présent : pourquoi l'éviter", mais "le présent : pourquoi penser que c'est un temps facile d'utilisation pour un auteur qui fait ses premières armes alors qu'en fait, non". ^^

Personnellement, j'écris en général au passé troisième personne. J'ai toutefois cessé de chercher la concordance des temps stricte en 2012, quand je me suis surprise à écrire couramment au subjonctif imparfait. A un moment il faut faire un choix. Le subjonctif imparfait c'est bien gentil, mais pour la fluidité du texte parfois ça ne fonctionne pas.
Et sinon, c'est lié à mon mode de narration mais je mixe fréquemment les temps pour jouer sur le rythme. Toutes catégories confondues, une de mes productions préférées est basée sur une rupture franche de temps de narration, d'ailleurs...
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Re : La narration au présent : pourquoi l'éviter
« Réponse #7 le: 11 septembre 2017 à 06:28:30 »
La narration au présent diot être utilisé par parcimonie. Le temps par défaut pour un récit est le passé, c'est ce à quoi on a été habitué et ce qu'on attend d'un récit : raconté des évènements passé (datés, terminés :p). Cela ne veut pas dire que la narration au présent ne peut pas être utilisé : dans les bonnes circonstances, c'est un outil puissant qui permet de varier le rythme et le style, d'ancrer le récit de manière puissante et même possiblement d'augmenter l'immersion, comme on vit le moment avec le personnage. Mais il doit être manié avec attention, ce n'est pas le temps par défaut. Pour moi, il doit vraiment être utilisé dans le moment opportun, quand il apporte quelque chose au récit, et non être le mode de narration de base de ce dernier. Le passé doit rester préférentiel, à mon avis.

Pour ce qui est de mon utilisation personnelle, je rejoins pas mal AuBe quand elle parle de varier le rythme. Je l'utilise fréquemment pour décrire les ressentis des personnages : on est là dans quelque chose d’instantanée, une pensée ou une émotion directe, brute, qu'un temps passé pourrais amoindrir ou diluer. J'essaies d'utiliser pas mal le discours indirect libre pour ça, d'ailleurs, pour permettre aux personnages de réellement agir directement dans la narration. Mais j'ai encore pas mal de progrès à faire de ce côté là de toute façon : on m'a souvent dit que c'était relativement confus x).
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Re : La narration au présent : pourquoi l'éviter
« Réponse #8 le: 11 septembre 2017 à 15:14:55 »
Bonjour, Oldgirl.

Après nous avoir démontrés tes talents de bêta, j'aimerai également te faire voir combien tu t'es trompé sur mon compte.

Mais revenons sur point important : le mixage du présent et du passé dans la narration. Je n'ai pas toujours compris pourquoi tu semble rebutée à l'idée que j'utilise ces deux temps. Je ne suis pas la première personne sur terre à employer ce style; plusieurs écrivains l'ont fait et d'autres continuent à le faire. En voici la preuve:

<< Je regardais avec inquiétude la lumière des lampes presque consumées qui menaçaient de s'éteindre. Tout à coup une harmonie semblable au coeur lointain des esprits célestes sort du fond de ces demeures sépulcrales. Ces divins accents expiraient et renaissaient tour à tour; ils semblaient s'adoucir encore en s'égarant dans les routes tortueuses du souterrain. Je me lève et je m'avance... ( Chateaubriand, les martyrs)>>.

Bref, tu aurais dû d'abord te renseigner un peu plus avant de t'attaquer à moi de la sorte. Dorénavant, tu devras te faire à l'idée que le passé et le présent peuvent être mixé dans une narration. Si cela te révolte, alors tant pis pour toi!

Tu t'es inutilement acharné sur l'exemple que j'avais donné, et si ma mémoire est bonne, tu y a relevé plusieurs fautes dont:

* La mixité de temps de la narration = J'y ai déjà répondu.

*Les mots manquants = Cet exemple  ne servait qu'à illustrer mon style et n'était pas destiné à être reviewé... Malheureusement.

En voici un extrait : << Nous voyons arriver une dame qui, selon les rapports me faits ...>>. Ici, le mot rapport renvoi à un compte qu'on rend à quelqu'un de quelque chose dont on est chargé. Il en est ainsi du rapport qu'un officier de police a rendu à la narratrice. A toi de me dire, de quel rapport tu faisais allusion?

*Des erreurs de typographie= J'en parlerai à mon bêta... Dès que j'en aurai le temps.

Tu t'es encore planté sur un point: Je n'ai aucun soucis dans la narration à la première personne du singulier et dans les dialogues, au contraire. Je maîtrise parfaitement mes dialogues ainsi que les interactions, tu peux en juger toi-même par mes fanfics. Ecrire à la première personne ne m'a jamais posé de problème car c'est mon style d'écriture. Ce n'est que récemment que je me suis lancé dans une narration à la troisième personne que je n'ai pas encore maîtrisée. La prochaine fois avant de me juger , essaie de voir les choses objectivement en mettant de côté tes préjugés. C'est ainsi qu'aurait réagit un vrai bêta, même les passoires qui me servent de bêta le font.

Ciao!


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Re : La narration au présent : pourquoi l'éviter
« Réponse #9 le: 11 septembre 2017 à 19:47:48 »
Euphemia,

bien que ce ne soit pas le sujet, je dois moi aussi te corriger : oui, Oldie comme moi avons compris avec ce mot rapports que tu parlais de détails qu'une tierce personne rapporte à une autre à propos de quelque chose ou de quelqu'un. Mais je me rallie à l'opinion d'Oldie : il manque une conjonction de subordination dans ta phrase. Les rapports que l'on me faits, ou les rapports qui me sont faits (qui m'ont été faits, peu importe).
Je ne pense pas qu'à aucun moment Oldie ait pu confondre avec un rapport sexuel, tranquillise-toi...

Rei.
« Modifié: 12 septembre 2017 à 07:07:13 par Reimusha »
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Re : La narration au présent : pourquoi l'éviter
« Réponse #10 le: 11 septembre 2017 à 22:07:50 »
Salut à tous

Pour coller au sujet (faut-il, doit-on, peut-on éviter le présent ?), j'ai cherché en cliquant sur plein de profils et notamment ceux qui participent à cette discusion et j'ai trouvé devinez quoi : un consensus quelque part !  :thumbsup_still: Un endroit inattendu et pourtant bien visible où beaucoup d'entre nous rédigent naturellement au présent (et en faisant bon usage de la concordance des temps avec un éventuel passé composé et un futur) c'est... le pitch principal ou résumé général de la fic !  :)
Eh oui.
Autant le souligner.

AuBe bien sûr fidèle à sa grande originalité légendaire distribue les temps avec équité et nous met du passé, du présent mais pas bégueule, propose aussi de l'infinitif et parfois même de l'impératif ! J'adhère. Renouvelons-nous !

Je pensais bien sûr au journal intime, la lettre, comme support peut-être plus privilégié du présent, et bien il y en avait un autre qui nous touche largement.

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Re : La narration au présent : pourquoi l'éviter
« Réponse #11 le: 11 septembre 2017 à 22:09:49 »

Je ne pense pas qu'a aucun moment Oldie ait pu confondre avec un rapport sexuel, tranquillise-toi...

Me voilà rassurée! Perso, j'ai pas trouvé important d'ajouter un pronom relatif. Mais si vous y tenez...
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Re : Re : La narration au présent : pourquoi l'éviter
« Réponse #12 le: 12 septembre 2017 à 06:28:51 »
Me voilà rassurée! Perso, j'ai pas trouvé important d'ajouter un pronom relatif. Mais si vous y tenez...
Oui. Sinon c'est faux. Mais bon...

@Oldie : je ne vois pas pourquoi on devrait toujours rédiger ses résumés de la même manière. ^^
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Re : La narration au présent : pourquoi l'éviter
« Réponse #13 le: 21 octobre 2017 à 08:36:32 »
Le Club des Cinq a perdu son passé simple (et pas mal d'autres choses aussi)
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Dans les années 2000, la série est reprise. On raccourcit, on simplifie. On ôte au texte son vocabulaire désuet - des mots comme «grommeler» - et les marques d'une technologie dépassée - les enfants ne reçoivent plus un télégramme mais un appel téléphonique. En 2005, la bascule est spectaculaire: pour les 150 ans de la Bibliothèque rose, le passé simple est déclaré non grata. La série est récrite au présent. On ne veut pas risquer qu'un enfant lâche le livre au premier «découvrit» venu.

source : http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20170406.OBS7659/le-club-des-cinq-a-perdu-son-passe-simple-et-pas-mal-d-autres-choses-aussi.html
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Re : La narration au présent : pourquoi l'éviter
« Réponse #14 le: 21 octobre 2017 à 10:41:16 »
Hello,
je lis dans l'article que le "Club des cinq" était destiné à un public de jeunes lecteurs de 6 à 8 ans...
Le commentaire sur leur possible trouble à la lecture d'un passé simple, m'a fait froncer des sourcils. J'ai appris le passé simple des verbes de 1er et 2e groupe (en -er et en -ir) à l'âge de 7 ans. Le seul qui était nouveau pour moi en changeant d'école pour mon CE2, c'était l'imparfait ! Bon c'était pas le plus compliqué...

Du coup, je me suis demandé en quelle classe on apprenait aujourd'hui le passé simple ???

Je suis tombée sur une note de blog indignée (dont j'ignore la fiabilité ou la  partialité) sur nouveaux programmes scolaires qui repoussent son apprentissage partiel en CM1, CM2, 6e. Et uniquement la 3e personne du singulier !  :-/  Le remaniement de ces ouvrages semble raccord avec les nouvelles dispositions...

Je vais donc devoir arrêter de m'offusquer que les temps de conjugaison ne soient pas tous connus, même pour des fanfiqueurs plus âgés. S'ils ne sont plus enseignés, y a pas de miracle...

http://blog.coursgriffon.fr/index.php/2016/11/10/reforme-du-cycle-2-cp-ce1-ce2-et-du-cycle-3-cm1-cm2-6e/

S'il  y a des instits (pardon, des professeurs des écoles) dans la salle... :D

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Re : La narration au présent : pourquoi l'éviter
« Réponse #15 le: 21 octobre 2017 à 10:58:25 »
A notre époque antédiluvienne, Oui-Oui et Jojo Lapin n'étaient-ils pas écrits au passé simple ?
C'est ce qui s'appelle niveler par le bas...

Rei.
« Modifié: 21 octobre 2017 à 22:10:44 par Reimusha »
Et bien, et bien, et bien, on dirait qu'il y a un nouveau chétif en ville...

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Re : La narration au présent : pourquoi l'éviter
« Réponse #16 le: 21 octobre 2017 à 11:48:58 »
Le premier qui réécrit Oui-Oui au présent, je l'attache à un siège et l'oblige à regarder d'affilée toutes les saisons des Anges de la Téléralité en maintenant ses paupières ouvertes comme dans Orange Mécanique.  >:D

« Modifié: 21 octobre 2017 à 11:51:55 par yahiko »
- Vous savez ce que nous faisons aux hommes comme vous, Monsieur Nordling ?
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